Ca douille d'être une bonne mère...
Voila 6 mois que je suis en congé maternité... ouaich, ça va être dur, la reprise... M'enfin, je me suis pas claqué 5 ans d'étude pour rester sur le paillasson, hein...
En vue de cette reprise, j'ai commencé à initier Lola, jeune fille adorable de bientôt 3 mois, à l'art de se sustenter au biberon. Tumultueuse aventure s'il en est.
Je comptais, initialement, remplir ses biberons de mon propre lait, et pas de ces trucs que l'on trouve dans le commerce, au lait de vache, et qui font la fortune de Nestlé...
Aussi me suis-je lancée dans l'aventure « tire-lait »...
Qu'est-ce qu'un tire-lait, vous demandez-vous d'une seule voix ? Un tire-lait, c'est une trayeuse à femme. Une espèce d'entonnoir que l'on centre sur le sein, un récipient, en général un biberon que l'on y visse, et entre les deux, une pompe, manuelle, ou un système électrique qui fait le vide dans l'entonnoir pour... vous pomper le lait.
Tire-lait manuel : environ 30 euros dans le commerce, pour des résultats déplorables. J'y ai passé des heures, à me détruire le dos (rester penchée pour que le lait s'écoule ailleurs que sur vous) et la main (actionner la pompe), pour 20 misérables millilitres. Ça lui cale même pas un creux !
Tire-lait électrique : ça se corse. Les résultats sont bien meilleurs, quoiqu'il faille persévérer un peu au début. Prix dans le commerce : environ 400 euros... Mais me diriez-vous, pourquoi en acheter un, puisqu'ils sont en location dans n'importe quelle pharmacie ??
Pas compliqué : déjà parce que pour cela, il faut une ordonnance de votre médecin, gynéco, dentiste, comme vous voulez, et pour une période d'un mois maximum, à renouveler, donc, si nécessaire. Ensuite, parce que location = prix. Et là, ça commence à craindre.
Jusqu'il y a peu, c'était très bien remboursé par sécu et mutuelle. Pour un mois de location, comptez une douzaine d'euros. C'était bien. J'en ai donc loué un. Pour commencer à me faire la main, enfin, le téton. Un mois plus tard, je le ramène, paie mes 12 euros, repart comme je suis venue.
Une semaine plus tard, driiing (ça, c'est le téléphone, celui de l'entrée et qui fait beaucoup de bruit) : le pharmacien au bout du fil. Mon dossier de remboursement a été rejeté, depuis il ne sait combien de temps, les tire-lait ne sont plus remboursés, ça fera 70 euros.
Argh, je fais. Cinq mois comme ça, et mieux vaut en acheter un : la ruine.
Alors voila, moi, je dis zut : déjà, on avait qu'une heure par jour pour tirer son lait au boulot, et une heure, c'est juste ce qu'il me faut pour remplir un bib', c'est-à-dire, pas assez pour une journée ! Ensuite, une nounou, ça coûte un bras, et le « réajustement » des allocs pour financer les gardes avec nounous agrées que vient de nous pondre le nabot, c'est 50 euros dans une mer de 600 euros par mois. Je rigole. Quoi, c'est déductible des impôts ? Mais j'en paie pas !!! Après ça, 2 mois pour nourrir bébé tranquillement au sein, c'est risible, ça sert limite à rien, même l'OMS recommande au minimum 6 mois, et c'est pas en courant dans tous les sens, avec 2 heures et demi de trajets par jour, en partant à 5 heures du matin et en rentrant à 20 heures que je vais pouvoir continuer. Et le tire-lait, là, pfiout, pas les moyens.
Ce qui fait que j'ai pas le choix : bébé va boire Novalac. Faiche, bordel !
Oui, Novalac, parce que Gallia, ça lui file des plaques rouges sur la bouille, et elle n'arrive pas à le garder plus de 10 minutes dans le ventre, après quoi ça se retrouve sur mon t-shirt. J'ose pas imaginer ce que ça lui fait dans le bide, cte merde, la pauvrette... Résultat, au bout de quelques essais, elle voulait même plus entendre parler de biberons. Changement de lait : ça passe un peu mieux, d'abord coupé au lait d'amande pour l'appâter, puis pur : ça passe, elle se goinfre, elle a « juste » des coliques tous les soirs. Elle hurle de douleur... comment on peut dire que c'est la « meilleure » solution ?!? Et bien sûr, à lui donner des biberons, mes seins se tarissent, je n'espère même plus pouvoir l'allaiter le matin et le soir...
Alors, est-ce qu'on a vraiment le choix ?
Déjà, il fallait lutter contre le docteur qui pouvait pas supporter de voir Lola grossir moins vite que les bébés standards, donc au biberon depuis leur naissance.
On a pas le choix, rien n'est fait pour nous aider à allaiter, entre l'ignorance notoire dans laquelle nage les praticiens, mises à part quelques professionnelle que le sujet intéresse, la ruine que ça représente (plus cher que le lait en poudre, leur tire-lait !!) et la non-reconnaissance de l'utilité d'allaiter. Mieux vaut être de bons petits consommateurs de lait en poudre. C'est bien connu, les bébés baleines boivent du lait de lionne, les bébés phoques du lait de chimpanzé, normal que les bébés humains boivent du lait de vache, non ?
Pourquoi je reprends le boulot ? Après tout, je pourrais bien prolonger mon congé, ou prendre un congé parental, et continuer à allaiter ! Mais voila : si je ne reprend pas l'IUFM, j'aurais eu à tout casser deux mois d'apprentissage théorique avant de me retrouver en poste, dans une vraie école avec de vrais enfants, et ça, ça craint encore plus que 6 mois de congé maladie... Et puis parce que mine de rien, ça va plutôt mal dans le boulot de mon cher et tendre, et qu'il faut bien faire bouillir la marmite... même avec du lait en poudre dedans.
Pas facile de vivre ses convictions, hein ?
Faites des gosses, qu'ils disaient...
Par Volubilis, Vendredi 18 Avril 2008 à 22:57 GMT+2 dans Grande Gueule (article, RSS)
Alex


