Volubilis

Demain, la décroissance

Vous le savez, je suis une fieffée asociale, contre l'humansime, la démocratie telle qu'on la pratique et les agents blanchissants dans la lessive. Je ne vote pas, je ne m'implique pas politiquement, je laisse les autres parler pour moi. Je me protège de l'extérieur, je ne me fais pas remarquée. Bref, je suis un bloc de passivité en haut d'une tour d'ivoire.

La révolution par les urnes, c'est pas mon truc, la droite, la gauche, tout ça c'est de la merde en barrette qu'on nous fait payer trés cher. Aujourd'hui, ceux qui proposent une évolution radicale pour faire face à la crise dans laquelle nous nous sommes fourrés ne sont pas ceux qui s'engagent politiquement, parce que qu'il n'y a pas de place pour ce discours en politique, il ne respecte pas les règles du jeu, il est comme "nul et non avenu", intrinsèquement. Ce serait comme utiliser la bombe atomique pour rétablir la paix dans le monde, il y a discordance entre la fins et les moyens... L'évolution proposée par les objecteurs de croissance ne peut pas s'exprimer avec les règles de l'économie de marché, notre mode de gouvernance. Nous ne sommes plus une royauté, mais on n'est pas plus une démocratie ou une république, on est une économie de marché. On ne pense plus, on compte. Les politiques ne parlent que de chiffres, c'est même la langue officielle. Les chiffres sont incompétents et les mots suffisent à peine pour décrire ce qui nous attend. Si si peu de personnes adhèrent à l'idée de "décroissance", c'est bien parce qu'on parle d'inconnu.

On s'imagine revenu le temps des charettes en bois tirées par des chevaux, un quotidien sans viande passer à cultiver des carottes, où chacun va à pied, vêtu d'un pagne en peau, pue du bec et meurt à 40 ans. Pour beaucoup, c'est ça "l'écologie", la "décroissance". Je ne le pense pas. Mais fatalement, ça doit y ressembler un peu... C'est difficilement concevable, ce n'est pas à la portée de notre rationnalité, vu notre "état d'esprit", notre "spiritualité". Des milliers d'années de monothéisme, de christiannisme, de science nous ont forgé un esprit carré, sûr de la supériorité de l'Homme sur le reste du monde. Ca va être dur d'en sortir...

http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/demain%20la%20d%E9croissance.JPGC'est le propos de l'auteur Alain de Benoist, en particulier dans son dernier ouvrage,
Demain la décroissance, penser l'écologie jusqu'au bout.

C'est remarquablement bien conceptualisé, conçu et écrit, les idées sont claires, le propos n'est pas irritant et plein de bon sens. Pour ceux à qui il en faut absolument, il y a des chiffres, et les mots sont bien choisis. C'est sans virulence, ce que je trouve toujours hors de propos, mais attention, symbolique et spiritualité y sont omniprésents, tout ce que vous détestez. Je vous remet un petit bout de cosmos, ou vous préférerez une analyse différenciée de l'approche de la notion d'écologie par les grandes religions, païennes et monothéistes ?

Allez, petit extrait pour définir cette terriennité qui pourrait nous sauver... :



"Les adversaires de la décroissance arguent aussi de la situation du tiers-monde qui, selon eux, aurait de toute évidence besoin de croissance pour sortir du « sous-développement ». Dans les pays pauvres où la population ne mange pas toujours à sa faim, la baisse du niveau de vie apparaît comme un objectif douteux et moralement inacceptable. [...] Cette critique a ceci d'intéressant qu'on la trouve aussi bien dans les milieux altermondialistes ou d'extrême gauche - qui stigmatise aussi la sympathie des partisans de la décroissance pour les sociétés traditionnelles, leur défense de la cause des peuples, leur volonté de « permettre aux pays du Sud de renouer avec leurs traditions » - que dans les milieux les plus libéraux. Les grandes institutions mondiales, appuyées par les sociétés multinationales, sont les premières à raisonner comme si le modèle occidental était un modèle exportable dans le monde entier. Toutes ses critiques reposent en fait sur l'idée que le développement est le seul moyen pour les pays du Tiers-monde de « s'en sortir ».
Outre que la décroissance devra bien entendu être d'abord mise en œuvre dans les pays occidentaux [...], il est aisé de répondre à cet argument que le développement ne permettra jamais au tiers-monde de s'en sortir, et que c'est au contraire depuis qu'ils cherchent à se « développer » que les « pays pauvres » accumulent des « retards » et voient leur situation globale se dégrader. La pauvreté du tiers-monde, en d'autres termes, ne résulte pas d'un développement insuffisant, mais bel et bien de son insertion dans le système du développement. Elle est dans une large mesure le résultat de l'organisation actuelle du monde, des capacités prédatrices du système capitaliste et de la division internationale du travail.

On croit que les populations du tiers-monde vivaient avant l'époque de l'industrialisation et du « développement », dans des conditions encore plus misérables qu'aujourd'hui. Mais c'est le contraire qui est vrai. Les récits des premiers voyageurs en terres lointaines (Mungo Park, Poncet et Brevedent etc.) concordent sur l'absence de misère, l'abondance matérielle relative et la bonne santé physique qui étaient la règle dans les sociétés traditionnelle. Tout comme la paysannerie européenne, celles-ci produisaient l'essentiel de ce qu'elles consommaient et se suffisaient à elles-mêmes. De plus, la notion de « pauvreté » n'avait absolument pas le sens économique que lui donne la société marchande. Le mot « pauvre » n'existe tout simplement pas dans la plupart des langues africaines - son équivalent le plus proche est « orphelin ». Les hommes des sociétés traditionnelles possédaient peu de choses, mais ne se considéraient pas comme « pauvres », d'autant qu'ils étaient tous insérés dans un réseau de relations sociales, de communautés organiques et de familles élargies structurées en clans. L'économie étant encastrée (Karl Polanyi) dans les relations sociales, toutes les fonctions que l'on considère de nos jours comme des fonctions économiques étaient regardées comme des fonctions sociales non monétisables."

Vos commentaires

1 Le Samedi 19 Avril 2008 à 19:16 GMT+2, par iskander

J'ai essayé à deux reprises de laisser un commentaire sur ce post... je ne recommencerai pas... si, juste pour dire que la lecture d'Alain de Benoist est toujours stimulante (qu'on soit ou non d'accord avec lui, comme il se doit).

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