Volubilis

Carnet de correspondance amoureuse

Dans ma chambre, j’ai plein de petites boîtes. J’adore les petites boîtes. Rapport à mon besoin de croire que le foutoir de ma petite vie est rangeable... Dans ces petites boîtes, des tas, des piles, des tonnes de carnets, de cahiers, de calepins. Ils ont le même but que les petites boîtes, mais sur le plan des idées : journaux intimes, carnets à idées, à dessins, à petits trucs... J’ai la manie de la synthèse, moi qui suis incapable de retenir des détails, des dates, des numéros. Par exemple, quand je suis tombée sur ce bouquin (que je recommande chaudement aux incultes), j’ai résumé Le monde de Sophie de Jostein Gaarder, 557 pages.

 

Alors, quand je suis tombé sur ce petit carnet, dans ma librairie préférée, je me suis forcément dit qu’il me le fallait. Qu’il VOUS le fallait. Et puis, finalement, j’ai été déçue. Mais l’idée était bonne.

 

De quoi je parle ? De ça :

 

Carnet intime de correspondance pour pimenter votre couple.

De Gilles Bouley-Franchitti, illustré et annoté par Mai-Lan

Aux éditions J’ai Lu.

Les illustrations sont sympa, le principe plus encore, surtout pour ceux qui ont la nostalgie de leur carnet de correspondance du temps de leurs années collège... Mais il est décevant, néanmoins.

Parce qu’il est un peu fade et consensuel, et particulièrement insuffisant, aux yeux d’une Volubilis, et à ceux des volubilistes, d’un point de vue sexuel, voire plus simplement amoureux. Ce qui me paraît grave. Faisons fi des normes sentimentales !

 

Et prenons notre courage à deux mains. Le concept mérité mieux.

Alors j’ai pris mes plus beaux doigts, j’ai chaussé mes lunettes, et hop, j’ai imaginé un Carnet de Correspondance amoureuse rien que pour nous, cher lecteur.

Nous l’avons essayé avec Graindorge, et nous en sommes assez satisfaits.

 

Pour vous le présenter, voici le Mode d’Emploi, que vous retrouverez à l’intérieur, si le cœur vous en dit :

 

Bienvenue dans votre Carnet de Correspondance amoureuse... Vous venez de l’acquérir pour la modique somme de rien du tout, plus le prix de l’encre et du papier (ce qui défie toute concurrence), vous pouvez vous en féliciter. Il ne fait aucun doute qu’il saura se faire rapidement indispensable.

Sachez que tout d’abord, vous douterez. Vous trouverez ça neuneu, pour tout dire. Et puis, le temps passant, vous vous direz que telle chose y aurait bien eu sa place, que telle autre aurait dû être écrite... et ce bout de papier, que votre moitié vous a griffonné avec amour, pourquoi le jeter ? Alors qu’il aurait tout à fait sa place dans ses pages.

Ce Carnet de Correspondance est plus qu’un gadget qu’une fille bizarre a mis des heures, des jours à concevoir, c’est un outil fait pour le couple, par le couple.

Etant avant tout rien d’autre que quelques octets sous forme de traitement de texte, il est entièrement modulable et transformable. Aucuns droits d’auteurs ne pèsent sur lui, vous pouvez le diffuser ou le cacher, le retoucher, le tripoter, en faire ce que bon vous semble.

Ensuite, il sera un formidable objet de communication, pour tout plein de raisons : pour commencer, les mots ne suffisent jamais, ils sont imprécis, violents. Alors qu’un écrit est toujours réfléchi, voulu, pensé. Et puis... les paroles s’envolent, quand les écrits restent. Attention ! Ce Carnet n’est surtout pas fait pour tenir à jour les dossiers que vous ressortirez dans dix ans pour faire valoir je ne sais quelle mesquinerie ! Que du contraire... ici, que du bonheur, et des choses douces, même si ce Carnet vous servira aussi à vous engueuler, mais j’oserai dire, intelligemment. Pour finir, retenez que ce qui est dit, mis au clair, est périmé, on y revient plus. Ce Carnet sera peut-être la meilleure façon de ne pas piétiner, de ne pas reculer, de ne pas garder pour soi des choses qui aurait dû être dites... une de ces choses insignifiantes qui deviennent énormes quand le temps passe...

Alors... usez et abusez de votre Carnet de Correspondance !

...

Voici enfin les Règle d’or de ce Carnet :

Vous avez le devoir de le mettre à jour autant que possible : tout et n’importe quoi est susceptible de s’y retrouver, faites le tri, mais faites en sorte que le contenu soit riche, divers, hétéroclite, fou. Il finira par vous ressembler !

Il faut le consulter régulièrement pour qu’il serve vraiment. Et si votre moitié y avait ajouté quelque chose, sans que vous le sachiez ? Et si elle n’osait pas dire quelque chose, et que vous, butor, vous ne vous en étiez même pas rendu compte ? Pour pallier à ce genre de désagréments, il est demandé quasi systématiquement de mentionner la date de chaque ajout dans le Carnet... ainsi, si vous trouvez une information trop tard, vous saurez de combien de jours.

Du coup, il n’est absolument pas obligatoire de prévenir l’autre à la moindre mise à jour du Carnet... certaines choses peuvent rester là, en attente d’êtres lues au détour d’un feuilletage, d’autres nécessiteront d’être immédiatement mentionnées, selon vos envies, vos humeurs, la nature de la mise à jour...

Gardez-le donc à portée de main... mais pas à portée de tous ! Pas à portée des enfants, pas plus qu’à celle de vos meilleures copines, de belle-maman, ou du voisin. Sauf, si accord tacite entre vous.

Personnalisez-le autant que vous en avez l’envie, il est facilement modifiable, et pas forcément adapté à votre couple... colorez, coloriez, ajoutez, des images, d’autres rubriques, d’autres colonnes aux tableaux... faites-le vôtre !

Ne le prenez pas trop au sérieux... l’austérité, le pragmatisme, parfois risible, de ses tableaux, des mentions obligatoires, des précisions à apporter ne sont là que pour rendre ce Carnet compréhensible et pratique. Votre couple est une chose sérieuse, beaucoup trop pour ne pas être prise avec légèreté.

Enfin, ne jetez pas ! La partie Archives, en fin de ce Carnet, accueillera sans broncher les feuillets remplis, les petits mots, les feuilles volantes... Songez à votre bonheur de les relire dans vingt ans...

Longue vie à vous ! Volubilis

 

Ca vous tente ? Téléchargez-le ! Et faites-en absolument ce que vous voulez.

 

Attention ! Pour le lire, vous aurez besoin de polices suivantes ! Pour les installer, cliquez droit sur les liens, enregistrer-les où bon vous semble, puis dézippez le dossier dans WINDOWS > FONTS. Je ne peux vous donner les Polices True Types, qui sont payantes. Donc, achetez-les, ou pas, votre ordi les remplacera automatiquement par les polices les plus proches dont il dispose, ou modifiez les vous-même sous Word.

 

 

Rendez-vous ICI pour les télécharger.

 

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Il est mort

IL EST MORT

W.H. Auden (traduction)

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone

Empêchez le chien d'aboyer pour l'os que je lui donne

Faites taire les pianos et sans roulement de tambour

Sortez le cercueil avant la fin du jour.

Que les avions qui hurlent au dehors

Dessinnent dans le ciel ces trois mots : il est mort.

Nouez des voiles noirs aux colonnes des édifices.

Gantez de noir les mains des agents de police.

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest,

Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,

Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson.

Je croyais que l'amour jamais ne finirait : j'avais tort.

Que les étoiles se retirent, qu'on les balaie.

Démontez la lune et le soleil,

Videz l'océan et arrachez les forêts

Car rien de bon ne peut advenir désormais.

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Massages pour mon bébé

Les bébés n'ont pas vraiment conscience de leur corps : ils le voient bouger devant leurs yeux, ils sentent le chaud, le froid, le souffle du vent, la caresse, mais chaque sensation les éparpille un peu plus. Ils ne sont qu'yeux et peau, sensations brutes et non localisées... Sans même parler d'immaturité motrice, le bébé ne peut pas prendre l'objet qui bouge devant lui, parce qu'il ne sait pas qu'il a une main. Cette chose à cinq branches qui s'agite sous son nez, ce n'est pas encore lui.

Autrefois, on s'occupait des bébés, on les lavait, les soignait, les nourrissait, mais on ne les occupait pas : on ne leur parlait pas, on ne les bougeait pas ; on pensait que trop stimuler un bébé le rendrait idiot. On les posait donc sur le dos dans un coin de la maison, et on les oubliait jusqu'à ce qu'ils se mettent à pleurer. Aujourd'hui, nous en sommes à l'exact opposé : parce qu'on pense que cela les rendra plus intelligents, on les stimule intensément, avec des chansons, des jouets qui brillent, qui bruitent et qui bougent, de la gymnastique, de la natation pour bébés, en les gardant toujours près de adultes, ils nous suivent partout, fréquentent un nombres conséquent d'adultes et d'autres bébés, ils assistent à la vie de la famille...

Je me situerais entre ces deux extrémités : je ne pense pas qu'il faille laisser un bébé seul à longueur de journée, couché dans son lit à l'écart de la maisonnée. Mais je ne pense pas qu'il faille non plus les submerger de sensations qu'ils sont incapables de gérer. Je la laisse souvent au calme, pas loin de moi, elle passe alors son temps à observer, regarder, scruter tout ce qui bouge ou ne bouge pas, tout ce qui est coloré, brillant... pas besoin d'un gadget à piles, coûteux et vite cassé. Faire rencontrer à bébé tout un tas de gens, la famille, les autres bébés, c'est important aussi, mais ne vous laisser pas convaincre que bébé a besoin d'être inscrit à des cours particuliers pour découvrir son corps. Oubliez la baignoire-transat avec un petit fond d'eau super-sécurité, remplissez la baignoire, plongez avec lui (tenez-le bien quand même, hein), et surtout... massez-le. Massez bébé. Il adore ça, et c'est la meilleure façon de lui faire comprendre qu'il a des jambes, des bras, un ventre et que tout ça est accroché à sa tête !

Je mets le chauffage en route, je prépare tout ce qui faut, fait couler de l'eau chaude juste comme il faut, y ajoute quelques giclées de Bain-crème Weleda (bébé n'a pas besoin d'être récuré tous les jours au savon, frotté à la main dans une eau avec cette crème un jour sur deux, ça suffit), je la déshabille, et hop, c'est parti pour la trempette. Comme elle aime beaucoup beaucoup ça, et qu'en sortir sera vécu avec difficulté, j'anticipe et commence à chanter dès maintenant les chansons qui lui permettront de ne même pas se rendre compte que je la sors 10 minutes plus tard (elle adore ces vieilles, très vieilles, chansons d'amour traditionnelles qu'on chante haut perché, genre « Au marche du Palais », « Marion s'y promène », « Bonjour à toute la compagnie », « Dans la ville de la Rochelle »... comment ça vous ne connaissez pas ? Vous devriez ! ). Elle m'accompagne au gazouillis, ondule doucement, je la tripatouille partout partout, et quand l'eau commence à refroidir, je la sors du bain. Elle grimace, fait mine de ne pas tarder à beugler, mais je ne me démonte pas, et tient bon couplets et refrain : elle aime tellement les chansons qu'elle se tait pour écouter... Je la sèche, puis à quatre pattes dans la salle de bain surchauffée, je commence à la masser...

Pour ce faire, je vous conseille ce petit ouvrage, très bien fait, bien illustré :

MASSAGES POUR MON BEBE

De Sylviane Deymié, et Hélène Lafaix aux illustrations

Editions Hachettes Pratiques

Pour plus de confort, vous pouvez utiliser de l'huile, mais choisissez-la bien : évitez celles qu'utilisent les adultes, qui contiennent des parfums, des conservateurs, et qui peuvent lui créer des rougeurs, voire des allergies. Vous pouvez utiliser des huiles pures et vierges, et mieux, bio. De l'huile d'amande douce, huile d'olive, ou huile au Calendula (toujours chez Weleda, ma marque repère...), elles sont assez neutres pour la peau de bébé.

Le but, c'est de « rassembler » bébé. Inutile de la malaxer comme vous le faites avec votre homme qui rentre harassé du travail, cela pourrait même lui nuire... caressez-le, papouillez, effleurez, pas besoin de connaître de gestes hypra-techniques, la plupart des mouvements proposés sont instinctifs... Caressez-le, étirez doucement ces petits membres, réveillez son dos, sur lequel il repose toute la journée... N'oubliez pas que bébé est symétrique : quand on masse le côté gauche, on fait la même chose du côté droit. Quand le massage est terminé, on rassemble bout de chou : on regroupe bras et jambes, et d'un seul geste ample et doux, on parcourt son petit corps, dans une grande caresse.

A vous les babillements de plaisir !

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Ballade des pendus

Tout d'même une autre gueule que le Pater...

Ballade des pendus
François Villon


http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/pendus2.JPG
(Illustration Guy Michel)


Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres ayez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci.

Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop nous avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous les os, devenus cendre et poudre.
[quote]De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Si frères nous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique nous fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis ;
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernal foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !


La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis ;
Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis ;
Puis ça, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dès à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !


Prince Jésus, qui sur tous a maîtrie
Garde qu'Enfer n'ait sur nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ni que soudre.
Homme, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre
!

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Le Conte chaud et doux des Chaudoudoux

http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/chaudoudoux.jpgLE CONTE CHAUD ET DOUX DES CHAUDOUDOUX
(Claude Steiner, 1984, illustrations : PEF !)




Il était une fois, dans des temps très anciens, des gens qui vivaient très heureux. Ils s'appelaient Timothée et Marguerite et avaient deux enfants, Charlotte et Valentin. Ils étaient très heureux et avaient beaucoup d'amis. Pour comprendre à quel point ils étaient heureux, il faut savoir comment on vivait à cette époque là.

Chaque enfant, à sa naissance, recevait un sac plein de chaudoudoux. Je ne peux pas dire combien il y en avait dans ce sac car on ne pouvait pas les compter. Ils étaient inépuisables. Lorsqu'une personne mettait la main dans son sac, elle trouvait toujours un chaudoudoux. Les chaudoudoux étaient très appréciés. Chaque fois que quelqu'un en recevait un, il se sentait chaud et doux de partout.

Ceux qui n'en avaient pas régulièrement finissaient par attraper mal au dos, puis ils se ratatinaient, parfois même ils en mourraient. En ce temps-là, c'était facile de se procurer des chaudoudoux. Lorsque quelqu'un en avait envie, il s'approchait de toi et te demandait : "Je voudrais un chaudoudoux !" Tu plongeais alors la main dans ton sac pour en sortir un chaudoudoux de la taille d'une main de petite fille. Dès que le chaudoudoux voyait le jour, il commençait à sourire et à s'épanouir en un grand et moelleux chaudoudoux. Tu le posais alors sur l'épaule, la tête ou les genoux, et il se pelotonnait câlineusement contre la peau en donnant des sensations chaleureuses et très agréables dans tout le corps.

Les gens n'arrêtaient pas d'échanger des chaudoudoux et, commes ils étaient gratuits, on pouvait en avoir autant que l'on en voulait. Du coup, presque tout le monde vivait heureux et se sentait chaud et doux.

Je dis "presque", car quelqu'un n'était pas content de voir les gens échanger des chaudoudoux. C'était la vilaine sorcière Belzépha. Elle était même très en colère. Les gens étaient tous si heureux que personne n'achetait plus ses philtres ni ses potions. Elle décida qu'il fallait que cela cesse et imagina un plan très méchant.

Un beau matin, Belzépha s'approcha de Timothée et lui parla à l'oreille tandis qu'il regardait Marguerite et Charlotte jouer gaiement. Elle lui chuchota : "Vois-tu tous les chaudoudoux que Marguerite donne à Charlotte ? Tu sais, si elle continue comme cela, il n'en restera plus pour toi !" Timothée s'étonna : "Tu veux dire qu'il n'y aura plus de chaudoudoux dans notre sac chaque fois que l'on en voudra un ?" "Absolument, répondit Belzépha, quand il n'y en a plus, c'est fini !" Et elle s'envola en ricanant sur son balai. Timothée prit cela très au sérieux, et désormais, lorsque Marguerite faisait don d'un chaudoudoux à quelqu'un d'autre que lui, il avait peur qu'il ne lui en reste pas.

Et si la sorcière avait raison ? Il aimait beaucoup les chaudoudoux de Marguerite, et l'idée qu'il pourrait en manquer l'inquiétait profondément, et le mettait même en colère. Il se mit à la surveiller pour ne pas qu'elle gaspille les chaudoudoux en en distribuant trop aux enfants ou à n'importe qui. Puis il se plaignit chaque fois que Marguerite donnait un chaudoudoux à quelqu'un d'autre que lui. Comme Marguerite l'aimait beaucoup, elle cessa d'offrir des chaudoudoux aux autres et les garda pour lui tout seul. Les enfants voyaient tout cela, et ils pensaient que ce n'était vraiment pas bien de refuser des chaudoudoux à ceux qui vous en demandaient et en avaient envie. Mais eux aussi commencèrent à faire très attention à leurs chaudoudoux. Ils surveilaient leurs parents attentivement, et quand ils trouvaient qu'ils donnaient trop de chaudoudoux aux autres, ils s'en plaignaient. Ils étaient inquiets à l'idée que leurs parents gaspillent les chaudoudoux.

La vie avait bien changé ! Le plan diabolique de la sorcière marchait ! Ils avaient beau trouver des chaudoudoux à chaque fois qu'ils plongaient la main dans leur sac, ils le faisaient de moins en moins et devenaient chaque jour plus avares. Bientôt tout le monde remarque le manque de chaudoudoux, et tout le monde se sentit moins chaud et doux. Les gens s'arrêtèrent de sourire, d'être gentils, certains commencèrent à se ratatiner, parfois même ils mouraient du manque de chaudoudoux. Ils allaient de plus en plus souvent acheter des philtres et des potions à la sorcière. Ils savaient que cela ne servait à rien, mais ils n'avaient pas trouvé autre chose ! Le situation devint de plus en plus grave. Pourtant, la vilaine Belzépha ne voulait pas que les gens meurent. Une fois morts, ils ne pouvaient plus rien lui acheter.
Alors elle mis au point un nouveau plan.

Elle distribua a chacun un sac qui ressemblait beaucoup à un sac de chaudoudoux, sauf qu'il était froid, alors que celui qui contenait les chaudoudoux était chaud. Dans ces sacs; Belzépha avit mis des froids piquants. Ces froids piquants ne rendaient pas ceux qui les recevaient chauds et doux, mais plutôt froids et hargneux. Cependant, c'était mieux que rien. Ils empêchaient les gens de se ratatiner. A partir de ce moment-là, lorsque quelqu'un disait : "Je voudrais un chaudoudoux", ceux qui craignaient d'épuiser leur réserve de chaudoudoux répondaient : "Je ne peux pas vous donner un chaudoudoux mais voulez-vous un froid-piquant ?" Parfois, deux personnes se recontrainet en pensant qu'elles allaient d'offrir des chaudoudoux, mais l'une d'elles changeait soudain d'avis, et finalement elles se donnaient des froids-piquants. Dorénavant, les gens ne mouraient presque plus, mais la plupart était malheureux, avaient froid et étaient hargneux. Le vie devint encore plus difficile ! Les chaudoudoux, qui au début étaient disponibles comme l'air que l'on respire, devinrent de plus en plus rares. Les gens auraient fait n'importe quoi pour en obtenir. Avant l'arrivée de la sorcière, ils se réunissaient souvent par petits groupes pour échanger des chaudoudoux, se faire plaisir sans compter, sans se soucier de qui offrait ou recevait le plus de chaudoudoux. Depuis le plan de Belzépha, ils restaient par deux et gardaient les chaudoudoux l'un pour l'autre. Quand ils se trompaient en offrant un chaudoudoux à une autre personne, ils se sentaient coupables, sachant que leur partenaire souffrirait du manque. Ceux qui ne trouvaient personne pour leur faire don de chaudoudoux étaient obligés de les acheter et devaient travailler de longues heures pour les gagner. Les chaudoudoux étaient devenus si rares que certains prenaient des froids-piquants qui, eux, étaient innombrables et gratuits. Ils les recouvraient de plumes un peu douces pour cacher les piquants et les faisaient passer pour des chaudoudoux. Mais ce faux chaudoudoux compliquaient la situation. Par exemple, quand deux personnes se rencontraient et échangeaient des faux chaudoudoux, elles s'attendaient à ressentir une douce chaleur et s'en réjouissaient à l'avance et, au lieu de cela, elles se sentaient très mal. Comme elles croyaient s'être donné de vrais chaudoudoux, plus personne n'y comprenait rien ! Evidement, comment comprendre que ces sensations désagréables étaient provoquées par les froids-piquants déguisés en faux chaudoudoux ? le vie étaient bien triste !... Timothée se souvenait que tout avait commencé quand Belzepha leur avait fait croire qu'un jour ou ils ne s'y attendraient pas, ils trouveraient leurs sacs de chaudoudoux désespérément vides.

Mais écoutez ce qui se passa. Une jeune femme gaie et épanouie, aux formes généreuse, arriva alors dans ce triste pays. Elle semblait ne jamais avoir entendu parler de la méchante sorcière et distribuait des chaudoudoux en abondance sans crainte d'en manquer. Elle en offrait gratuitement, même sans qu'on lui en demande. Les gens l'appelèrent Julie Doudoux, mais certains la désapprouvèrent parce qu'elle apprenait aux enfant à donner des chaudoudoux sans avoir peur d'en manquer. Les enfants l'aimaient beaucoup parce qu'ils se sentaient bien avec elle. Eux aussi se mirent à distribuer de nouveau des chaudoudoux comme ils en avaient envie.

Les grandes personnes étaient inquiètes et décidèrent de passer une loi pour protéger les enfants et les empêcher de gaspiller leurs chaudoudoux. Cette loi disait qu'il était défendu de distribuer des chaudoudoux à tort et à travers. Désormais il faudrait un permis pour donner des chaudoudoux.

Malgré cette loi, beaucoup d'enfants continuèrent à échanger des chaudoudoux chaque fois qu'ils en avaient envie et qu'on leur en demandaient. Et comme il y avait beaucoup, beaucoup d'enfants, presqu'autant que de grandes personnes, il semblait que les enfants allaient gagner. A présent, on ne sait pas encore comment ca va finir...

Est-ce que les grandes personnes, avec leur loi, vont arrêter l'insouciance des enfants ? Vont-elles se décider à suivre l'exemple de la jeune femme et des enfants et prendre le risque en supposant qu'il y aura toujours autant de chaudoudoux que l'on voudra ? Se souviendront-elles des jours heureux que leurs enfants veulent retrouver, du temps où les chaudoudoux existaient en abondance parce qu'on les donnait sans compter ?

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Demain, la décroissance

Vous le savez, je suis une fieffée asociale, contre l'humansime, la démocratie telle qu'on la pratique et les agents blanchissants dans la lessive. Je ne vote pas, je ne m'implique pas politiquement, je laisse les autres parler pour moi. Je me protège de l'extérieur, je ne me fais pas remarquée. Bref, je suis un bloc de passivité en haut d'une tour d'ivoire.

La révolution par les urnes, c'est pas mon truc, la droite, la gauche, tout ça c'est de la merde en barrette qu'on nous fait payer trés cher. Aujourd'hui, ceux qui proposent une évolution radicale pour faire face à la crise dans laquelle nous nous sommes fourrés ne sont pas ceux qui s'engagent politiquement, parce que qu'il n'y a pas de place pour ce discours en politique, il ne respecte pas les règles du jeu, il est comme "nul et non avenu", intrinsèquement. Ce serait comme utiliser la bombe atomique pour rétablir la paix dans le monde, il y a discordance entre la fins et les moyens... L'évolution proposée par les objecteurs de croissance ne peut pas s'exprimer avec les règles de l'économie de marché, notre mode de gouvernance. Nous ne sommes plus une royauté, mais on n'est pas plus une démocratie ou une république, on est une économie de marché. On ne pense plus, on compte. Les politiques ne parlent que de chiffres, c'est même la langue officielle. Les chiffres sont incompétents et les mots suffisent à peine pour décrire ce qui nous attend. Si si peu de personnes adhèrent à l'idée de "décroissance", c'est bien parce qu'on parle d'inconnu.

On s'imagine revenu le temps des charettes en bois tirées par des chevaux, un quotidien sans viande passer à cultiver des carottes, où chacun va à pied, vêtu d'un pagne en peau, pue du bec et meurt à 40 ans. Pour beaucoup, c'est ça "l'écologie", la "décroissance". Je ne le pense pas. Mais fatalement, ça doit y ressembler un peu... C'est difficilement concevable, ce n'est pas à la portée de notre rationnalité, vu notre "état d'esprit", notre "spiritualité". Des milliers d'années de monothéisme, de christiannisme, de science nous ont forgé un esprit carré, sûr de la supériorité de l'Homme sur le reste du monde. Ca va être dur d'en sortir...

http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/demain%20la%20d%E9croissance.JPGC'est le propos de l'auteur Alain de Benoist, en particulier dans son dernier ouvrage,
Demain la décroissance, penser l'écologie jusqu'au bout.

C'est remarquablement bien conceptualisé, conçu et écrit, les idées sont claires, le propos n'est pas irritant et plein de bon sens. Pour ceux à qui il en faut absolument, il y a des chiffres, et les mots sont bien choisis. C'est sans virulence, ce que je trouve toujours hors de propos, mais attention, symbolique et spiritualité y sont omniprésents, tout ce que vous détestez. Je vous remet un petit bout de cosmos, ou vous préférerez une analyse différenciée de l'approche de la notion d'écologie par les grandes religions, païennes et monothéistes ?

Allez, petit extrait pour définir cette terriennité qui pourrait nous sauver... :



"Les adversaires de la décroissance arguent aussi de la situation du tiers-monde qui, selon eux, aurait de toute évidence besoin de croissance pour sortir du « sous-développement ». Dans les pays pauvres où la population ne mange pas toujours à sa faim, la baisse du niveau de vie apparaît comme un objectif douteux et moralement inacceptable. [...] Cette critique a ceci d'intéressant qu'on la trouve aussi bien dans les milieux altermondialistes ou d'extrême gauche - qui stigmatise aussi la sympathie des partisans de la décroissance pour les sociétés traditionnelles, leur défense de la cause des peuples, leur volonté de « permettre aux pays du Sud de renouer avec leurs traditions » - que dans les milieux les plus libéraux. Les grandes institutions mondiales, appuyées par les sociétés multinationales, sont les premières à raisonner comme si le modèle occidental était un modèle exportable dans le monde entier. Toutes ses critiques reposent en fait sur l'idée que le développement est le seul moyen pour les pays du Tiers-monde de « s'en sortir ».
Outre que la décroissance devra bien entendu être d'abord mise en œuvre dans les pays occidentaux [...], il est aisé de répondre à cet argument que le développement ne permettra jamais au tiers-monde de s'en sortir, et que c'est au contraire depuis qu'ils cherchent à se « développer » que les « pays pauvres » accumulent des « retards » et voient leur situation globale se dégrader. La pauvreté du tiers-monde, en d'autres termes, ne résulte pas d'un développement insuffisant, mais bel et bien de son insertion dans le système du développement. Elle est dans une large mesure le résultat de l'organisation actuelle du monde, des capacités prédatrices du système capitaliste et de la division internationale du travail.

On croit que les populations du tiers-monde vivaient avant l'époque de l'industrialisation et du « développement », dans des conditions encore plus misérables qu'aujourd'hui. Mais c'est le contraire qui est vrai. Les récits des premiers voyageurs en terres lointaines (Mungo Park, Poncet et Brevedent etc.) concordent sur l'absence de misère, l'abondance matérielle relative et la bonne santé physique qui étaient la règle dans les sociétés traditionnelle. Tout comme la paysannerie européenne, celles-ci produisaient l'essentiel de ce qu'elles consommaient et se suffisaient à elles-mêmes. De plus, la notion de « pauvreté » n'avait absolument pas le sens économique que lui donne la société marchande. Le mot « pauvre » n'existe tout simplement pas dans la plupart des langues africaines - son équivalent le plus proche est « orphelin ». Les hommes des sociétés traditionnelles possédaient peu de choses, mais ne se considéraient pas comme « pauvres », d'autant qu'ils étaient tous insérés dans un réseau de relations sociales, de communautés organiques et de familles élargies structurées en clans. L'économie étant encastrée (Karl Polanyi) dans les relations sociales, toutes les fonctions que l'on considère de nos jours comme des fonctions économiques étaient regardées comme des fonctions sociales non monétisables."

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Atlas des guerres et conflits dans le monde

Ma bibliothèque commence à être dangereusement garnie...
Je sais pas combien j'ai de bouquins, et alors que j'en ai encore la moitié en cartons, je continue à en acheter.... et ça encombre toute la baraque, parce qu'évidemment, le meuble qui me sert de bibliothèque et ridiculement petit...

http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/atlasconflits.jpgCa n'empêche pas mon dernier achat en date, Atlas des guerres et des conflits dans le monde, aux éditions Autrement d'être formidouble....

C'est pas compliqué, y a tout dedans, alors forcément, j'aime....
des cartes au larges, des données à foison : les différents conflits et grandes affaires décortiquées, mines antipersonnelles, SIDA, réfugiés, terrorisme, budgets militaires, matériel, pauvreté, systèmes politiques, enfants-soldats, travail de l'ONU, non-respect des droits de l'homme... mais beaucoup mieux rangé que je ne viens de le faire.

Extrait :

"L'Afrique de l'Ouest ne s'est jamais remise de la domination coloniale. Malgré la richesse des ressources naturelles, aucun pays n'est parvenu à générer un degré raisonnable de prospérité pour la majorité de ses citoyens. La corruption et les abus de pouvoir sont monnaie courante, et la démocratie est le plus souvent absente, faible, et instable dans le meilleur des cas. Une bonne partie des dirigeants qui se disent élus l'ont été par le biais de fraudes et d'intimidations, montrant que les élections sont loin d'être toujours démocratiques.
La pandémie du sida affaiblit encore les maigres perspectives de développement de la région. La maladie se propage rapidement durant les guerres, et ce pour plusieurs raisons. A cause des comportements à risque, le taux d'infection des combattants africains est deux fois supérieur à celui de la population civile. De plus, la guerre a tendance à augmenter les violences sexuelles, utilisées comme tactiques par certaines forces pour répandre la terreur, car les populations réfugiées sont vulnérables toute forme d'exploitation, viol y compris. Les jeunes filles sans familles et sans abri ne trouvent souvent pas d'autre moyen de survie que la prostitution. Et, quand la paix arrive, et avec elle les forces intenationales de maintien de la paix, le nombre de prostituées augmente généralement pour satisfaire l'augmentation de la demande.
"


Pour ne pas parler sans savoir.

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Phalanstère des langages excentriques

Voici un petit recueil tout à fait plaisant à lire, pour sa variété et son originalité.

http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/phalanstere.gifLe Phalanstère des langages excentriques
De Stéphane Mahieu




Le "Phalanstère" fait référence à un projet de communauté de Fourier, utopiste de première. L'auteur se base sur le plan du bâtiment pour construire ses chapitres.

Vous connaissez le Volapük et l'Espéranto, mais le Solrésol et le Pallaloïdre ?

Ce dernier est tout à fait intéressant. André Martel, son "Papafol", parle de certains des constituants de ce langage :
-Le bloconyme : il consiste à assembler plusieurs mots ou interjections en un seul : "Noui" = non + oui
-L'autosoude : piocher dans les mots à réunir des éléments de chacun d'entre eux : par exemple, dans le petit poème fait ce matin et que je mets en ligne dans une seconde : "écrisper"
-Nigaudisation : "faisez" au lieu de faites", "viénez"...
-Euphonies, hiatus, allitérations, consonnances et autres jeux de son ou de lettres.

Vous y découvrirez aussi la langue verte, ou celle des Précieuses ("faire un meurtre épais" = tuer plusieurs personnes ; "tyranniser la conversation"= monopoliser la parole...), les différents psittacismes, le patoiglob....

Bref, une délicieuse salade de mots, à vos neurones !

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