Volubilis

Promenade de santé

Jeudi, c'était la deuxième visite de routine de la petite Lola. Et comme la première fois, c'est moi qui repart avec des vitamines. Je ne suis pas en bonne santé. Mon opalescence de nacre, je ne la dois pas à une blancheur naturelle, ni une aristophilie douteuse, ni même à de l'anémie. Ma vitamine D plafonne à 7, quand un être humain s'exposant normalement au soleil et mangeant sa ration de poisson devrait atteindre un petit 50. Je suis en train de perdre mes dents (ça coûte cher, en plus d'être moyennement glam), l'étape suivante, c'est les os. Je me suis fait sévèrement tancer, parce que je suis pas malade, non, je vois juste pas assez le soleil, comme la grenouille qui vivait dans mon puits, tout au fond dans le noir, blanche et squelettique. Alors j'ai eu droit à 4 mois de prise de vitamines corsées comme il faut, et reçu l'ordre absolu de sortir chaque jour au soleil.

Ca tombait bien, aujourd'hui, c'était presque l'été. J'ai donc chaussé mes baskets, enfilé mon t-shirt le plus léger, le plus échancré et avec le moins de manches possible, j'ai calé Lola dans le porte-bébé, et en route.

Je contourne la baraque de chasse, celle avec la porte porteuse de massacre, je longe un petit mur, et je rentre dans la forêt. Comment ça, pas de soleil en forêt ? Que si, les arbres n'ont pas recouvré leurs feuilles... c'est joli d'ailleurs, ils portent sur les mêmes branches les feuilles fanées de l'hiver, et les futurs rameaux de l'été...

  

Lola est à la fête : ça sent drôlement bon, l'air est doux, et elle est dans les bras de maman, bercée par la marche... à tel point qu'elle ne supporte guère mes arrêts incessants pour photographier les beautés que je croise : faut que ça bouge ! Déjà une petite grognasse, celle-là...

A cette époque, les fleurs sont encore discrètes, ou sont toujours en pleine préparation de leur orgasme floral...

Le jaune coucou et la violette pensée, bien entendu, tapissent violemment les sous-bois, les prés et les fossés... suffit de se pencher !

Si vous vous promenez dans le coin, vous devriez rencontrer la daphné Lauréat, toujours verte et luisante...

La discrète, mais toxique, Euphorbe, et son camaïeu de vert...

Ainsi que l'Hellébore Fétide, équivalent sylvestre de nos Rose de Noël, tout aussi petite, mais verte et finement cernée de rouge...

Sans oublier l'Arum sauvage, qui garde encore sous le coude sa sélicate floraison... Trés phallique, pour l'instant, juste avant sa période, sexe béant...

   

 

On trouve de drôle de trucs, aussi...

Et puis bien sûr, c'est les arbres qui s'occupent de la déco, noueux, torturés, secs, branchus, ligneux...

 

  

Sous les pieds, ça craque, sur la tête, c'est chaud, et dans le cou, ça caresse... Vous aussi, prenez soin de votre capitale vitamine D...

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Valériane

Allez, aujourd'hui, la petite jeunette que je suis va vous donnez un truc de grand-mère, parce que ça faisait longtemps, parce que ça marche, j'en sors, et parce que j'en avais envie, c'est tout.

Sortons les ptites tasses à thé, les napperons, chaussons nos charentaises, et causons Valériane. Officinale de son nom.

Tout d'abord, appréhendons ensemble la forme générale.
C'est vert, de tige.
C'est long du même endroit, de 60 cm à plus d'un mètre, dit le bouquin.
Les feuilles ressemblent à ça (nombril en option):

http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/feuillevaleriane.JPG

Les fleurs à ça (papillon en option) :

http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/fleursvaleriane.JPG

Ca sent à peu près bon. Disons que c'est super quand on passe à côté, mais intense côté désagréable quand on y met le nez.
Ca pousse absolument partout, sauf sur la côte méditerranéenne, donc venez pas chialer dans mes jupons que vous en trouvez pas. Cherchez dans les coins humides, un peu ombragés, genre fossés, au bord des routes, ou sous le couvert d'une verdoyante forêt.

Vous y êtes ?

Faites-en un bouquet si ça vous branche, j'ai rien contre.
Mais nous, pas bête la guêpe, on va faire mieux, d'accord ? Attention, ça va vous détendre jusqu'à la médula.
Saisissez-vous délicatement de quelques poignées de feuilles, et de quelques racines si le cœur vous en dit.
Rentrez chez vous par là où vous êtes arrivé. Ou pas.
Faites-vous couler un bain comme vous en avez le secret.
Nettoyez les feuilles, à l'eau froide, avec amour et délicatesse.
Coupez les racines en chtits bouts. Pas trop ptits, ho !
Froissez les feuilles. Toujours avec amour, et délicatesse.
Jetez le tout dans l'eau du bain.
Jetez-y vous de même.
Puis calmez-vous, Valériane s'occupe de tout...

http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/bainvaleriane.JPG

Bonne nuit....

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Je vous salue Nature

Je n'ai pas de religion, c'est avéré ! Et pourtant, je me surprend moi aussi à psalmodier de temps à autre, quelques chansons paillardes, à me mettre à genoux, face à tant de merveilles, à joindre les mains, pour y recueillir de l'eau, à mettre ma tenue d'Eve, et à fêter la renaissance, de l'année, le printemps.

Cela consiste tout d'abord en quelques oraisons du père Barrier:

Isabelle, debout !
V'là l'printemps !
Eh ben, oui !
Ah c'te feignante vieux !

Bon dieu, v'là l'printemps qui s'amène
Va falloir retourner aux champs
Labourer, sarcler, toute la semaine
Bon dieu, l'printemps c'est fatigant.

Fini d'faire la cour aux fumelles
Les soirs d'hiver à la veillée
Quand l'printemps vient, tire la ridelle
Tout l'monde aux champs jusqu'au coucher.

Oh ouais, vieux !
-Isabelle !
Faut que j'ferre le ch'val !
Amène l'enclume !
Eh ben, oui !
Oh c'te feignante vieux !


L'printemps on dit qu'ça sent la rose
Le lilas et puis le jasmin
Pour moi l'printemps ça sent aut'chose
Puisqu'on sort la tonne à purin.

Finis d'faire la cour aux fumelles
Les soirs d'hiver à la veillée
L'printemps fait gonfler les mamelles
C'est celles des vaches qu'il faut tirer.

Ouais, vieux !
- Isabelle !
Tiens bon l'taureau !
J'amène Blanchette !
Eh ben, oui !
Ah c'te nom de dieu d'feignante !


Au printemps, on dit qu'les gamines
Elles s'mettent des robes claires à pompons
J'la vois l'Isabelle en mousseline
En train d'curer l'auge à cochons.

Fini d'faire la cour aux fumelles
Les soirs d'hiver à la veillée
Y n'y a plus d'mâles n'y a plus d'fumelles
Quand l'charençon y s'met dans l'blé.

Oh là, vieux !
C'est ben la catastrophe, ça !
- Isabelle !
Pousse un peu l'tracteur !
J'suis embourbé !
Eh ben, oui !
Oh c'te, oh c'te !


Le blé jaunit, l'printemps s'termine
Arrive le repos d'la Saint Jean
Les gars vont courir les gamines
Ils vont s'faire des choses les malhonnêtes.

On va faire la cour aux fumelles
Puisque la Saint Jean est rev'nue
Viens-t'en par là mon Isabelle
On va rattraper l'temps perdu.

Ouh t'iou !
- Eh ben, oui !
Oh c'te feignante !


Puis suivez ensuite ce chemin initiatique :

http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/rose%20cerise.JPG
http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/neigefleurie.JPG
http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/grille.JPG
http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/caillou.JPG
http://volubilis.jubiiblog.fr/upload/jeux%20de%20lumi%E8re.JPG

C'est fait ?

Eh bien maintenant, buvez une tisane, avalez un bout de brioche, la journée peut continuer.

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